Pratique photographique psychothérapeutique créative – Le chemin PhotoScopie et la pratique photographique d’aujourd’hui

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Dans les années 1915-1917, Freud prononça à l’Université de Vienne 28 conférences destinées à expliquer à tous, pas seulement aux médecins, la nouvelle science psychanalytique. Si elles vous intéressent, vous pouvez les découvrir dans Conférences d’introduction à la psychanalyse.

La photographie est alors une découverte tout aussi récente. Freud écrit : “… nous supposons que chaque processus psychique – il faut, sur ce point, concéder une exception que nous mentionnerons plus loin – existe d’abord en un stade ou en une phase inconscients, et que c’est seulement à partir de ceux-ci qu’il passe à la phase consciente, un peu comme une image photographique est d’abord un négatif et devient ensuite une image par le processus de positivation. Or il n’est pas nécessaire que, de chaque négatif, advienne un positif, et il l’est tout aussi peu que chaque processus psychique inconscient se transforme en un processus conscient. Nous avons tout avantage à dire que tel processus particulier fait d’abord partie du système psychique de l’inconscient et qu’il peut ensuite, dans certaines circonstances, passer dans le système du conscient.”

Faisons maintenant un grand bond dans le temps et lisons ensemble quelques phrases de Serge Tisseron, psychiatre, psychanalyste, en charge depuis des années dans notre pays de missions psychisme et numérique. Il écrit : “… l’appareil photographique est bien plus qu’une prothèse du regard ou un jouet socialisé. Il est, comme nous le verrons, l’instrument de familiarisation et d’appropriation du monde le plus efficace que l’homme ait jamais mis à son service parce qu’il est en continuité immédiate avec sa vie psychique. C’est cette vérité qu’approchait August Sander (pionnier de la photographie, 1876-1964) quand il qualifiait la photographie par 3 mots. Voir, observer, penser.” Et vous verrez, si nous avons le plaisir de mener ce chemin sur un mieux-être et la connaissance de vous-même ensemble, que ce Voir Observer Penser peut s’articuler de plein de façons créatives et passionnantes.

Si vous souhaitez approfondir, vous pouvez lire Le mystère de la chambre claire : Photographie et inconscient, de Serge Tisseron. Où il écrit encore : “ Faire de la photo, obéit à une autre logique que Faire des photographies. C’est tenter de s’approprier le monde à travers chacun des gestes qui y contribue.”

Et il écrit aussi : “ Le photographe agit toujours avec le désir de créer une image qui, auparavant, n’existait pas. Ce désir est généralement d’espoir et d’angoisse. Ma photographie sera t elle réussie, se demande t il toujours ? Nous verrons comment, derrière ce désir, se profile celui d’une clarification du monde par son image. Ce désir de clarté est une composante psychologique essentielle de l’acte photographique.”

D’autres experts d’hier et d’aujourd’hui ont aussi réfléchi à cette proximité entre la pratique photographique et notre fonctionnement psychique humain, pour le dire autrement, ils ont compris que le processus photographique fonctionnait un peu comme notre appareil psychique. Vous savez bien que nos plus grands savants ont toujours imité la nature pour inventer de la technologie ! Et c’est sans doute la raison pour laquelle la photographie est si répandue partout dans le monde, grâce aux smartphones notamment.

Nous savons qu’il y a là dedans, dans ce petit objet qui nous suit partout, quelque chose qui peut nous faire du bien. Alors bien entendu, pas rester la nuit à regarder des vidéos de n’importe quoi, ça ça ne fait pas de bien du tout ! Mais plutôt prendre la parole en réalisant soi-même des images qui sont une sorte de discussion avec d’autres images et les auteurs de ces images. Et les images que vous faites vous, vous pouvez les partager avec ceux que vous aimez, ou ceux que vous admirez, ou pour entamer une discussion avec des gens qui vous intéressent, pour faire de nouvelles rencontres. 

Oui, une photographie, ça se partage, et ça permet de parler avec les autres !

Et quand on parle, que se passe-t-il ? Et bien, on développe sa pensée, c’est-à-dire qu’on a beaucoup plus d’idées et d’envies. Et vous savez quoi ? En plus, ces idées là dont on peut parler, et bien ce sont des bonnes idées, qui servent à se rendre service et aux autres, et à avoir encore plus d’autres idées et envies qui arrivent derrière. Quand on pense tout seul, et presque uniquement tout seul, sans parler avec personne, on peut ne pas avoir de bonnes idées et on peut faire des choses surprenantes qui n’apportent aucun plaisir et qu’on peut regretter après. Peut-être en avez-vous déjà fait l’expérience ?

Et cet espace de discussions sereines avec les autres, qui vous permet de progresser dans la vie, sans pour autant imiter les autres en tous points et y perdre votre personnalité, c’est le principe de l’Espace Transitionnel, concept psychanalytique que vous avez découvert si vous avez lu mes autres articles de blog, sur ce site. L’espace transitionnel, on l’a depuis qu’on est tout petit. Parfois, en fonction de la complexité de son histoire personnelle, on peut le perdre de vue, ou moins bien l’utiliser, on se sent alors tout perdu, et on peut avoir envie d’aller en parler avec un professionnel. Je suis là pour ça, avec ou sans le chemin PhotoScopie.

Mais, qu’est ce donc que le chemin PhotoScopie ? De quoi s’agit-il ? Écoutons les mots !

Photo vient du grec, c’est la lumière, c’est ce qui éclaire, ce qui rend visible ce qui était plongé dans l’ombre. En psychanalyse, cela évoque l’inconscient, celui de Freud,  vous savez ces pensées qui sont en nous mais pas forcément à notre conscience, et qui vont nous faire souffrir, nous faire plaisir, ou agir à notre insu.

Le mot scopie, issu aussi du grec, signifie observer, examiner, guetter, viser, mais aussi prendre soin de, il implique une attention soutenue, comme dans microscope pour l’infiniment petit ou télescope pour l’infiniment grand, ou encore périscope pour ce qu’il y a autour du sous-marin lorsqu’il émerge des profondeurs silencieuses des océans.

Donc étymologiquement, ce chemin analytique photoscopique signifie Exploration attentive et minutieuse par la lumière, par l’écriture avec la lumière, donc par la pratique de la photographie.

Pourquoi j’utilise ce chemin en tant que psychopraticien ? Car je suis aussi photographe. Photographe de famille, de presse, d’art, et j’ai ressenti moi-aussi une sorte de fonctionnement de proximité entre mes fidèles appareils photographiques et mon psychisme lorsqu’il est visuellement face au monde, ou pour le dire autrement, j’ai compris que mes actes photographiques s’activaient un peu comme des prolongements de ma pensée.

Magique ? Non, inconscient ! Et singulier, c’est à dire unique, différent pour chaque personne ! Donc le chemin PhotoScopie est une aventure particulière et individuelle, à partager avec les autres.

Alors, PhotoScopie, en psychothérapie analytique et créative, ça fonctionne comment ? PhotoScopie comme son nom l’indique, c’est un chemin photographique.

Peut-être que vous faites déjà des photos avec votre smartphone, ou un appareil photo ?

Oui, non, peu importe, je vous propose de  jalonner votre parcours avec moi, de photographies, un peu comme un bloc notes pour vous, mais en plus moderne et plus convivial, de façon à ce que vous ayiez des traces, des oeuvres photographiques en souvenir de votre travail, de ce que vous allez construire vous, avec mon aide, si vous le voulez bien.

Si vous n’avez pas envie de photographier, vous pouvez me parler seulement, mais si parfois vous n’avez pas envie de parler, vous pouvez faire des photos et me les montrer.

Car, je vais vous confier quelque chose…

Quand on photographie quelque chose, et c’est aussi valable pour les grands photographes, on se photographie soi-même en fait, mais à la différence des selfies, on fait des photographies de soi-même, mais dans le monde. Quand on photographie un beau paysage, c’est son état interne que l’on voit où l’état interne qu’on aimerait avoir, comme le calme, ou l’énergie, ou autre chose. Quand on fait un portrait d’un ami, de sa petite soeur, ou d’un inconnu, on photographie quelque chose qu’on connaît de soi-même et que l’on vient de percevoir sur le sujet à photographier, ça s’appelle l’identification projective et c’est la base de l’empathie chez l’être humain. C’est comme si l’on disait Moi je suis là car j’ai compris ci et ça et j’ai été là, ou Je suis là, ou J’aimerais être là. Il y a toujours quelque chose de vous dans une photographie. Et cette identification projective, elle commence chez le tout petit bébé. Vous savez faire ça depuis presque le tout début de votre vie. Et cela fait avancer, en général. C’est ainsi que nous nous construisons par identification à des traits des autres qui nous plaisent, ça n’est pas de l’imitation, cela nous fait grandir, cela nous fait évoluer, et c’est valable tout au long de la vie.

Quand vous savez ça, quand vous connaissez ce petit secret de la pratique photographique, vous pouvez avancer dans la compréhension de vous même, de vos envies, de vos espoirs,  et aussi de vos répétitions de pensées tristes ou d’actes malheureux qui vont ont menés à moi, sans forcément attendre votre séance de la semaine.

Donc, pour résumer, vous pouvez faire des photos dans votre semaine, me les montrer en séance et on en parle ensemble. Vous pouvez faire des photos que vous gardez pour vous et on parle en séance de ce qui vous fait du bien, de ce qui vous a préoccupé dans votre semaine, de ce que vous avez aimé de votre semaine, on parle de tout ce que vous voulez. Vous pouvez aussi ne pas faire de photos du tout. Ou plus tard.

Car PhotoScopie est un chemin, et on peut parfois avoir envie de s’en écarter, pour y revenir quand on le souhaite. C’est comme ça que je fais moi aussi !

PhotoScopie, c’est un chemin psychothérapeutique, et créatif aussi, car les patients-photographes se rendent compte qu’ils peuvent faire de magnifiques photos de niveau expositions, qui leur permettent de comprendre petit à petit l’origine des préoccupations qui les ont menés chez le psychopraticien. Vous allez le comprendre en discutant avec moi, mais aussi de façon très autonome avec vos photographies.

Et sachez que de très grands photographes le sont devenus car ils ressentaient en eux depuis toujours une sorte de réflexion, de mal-être, des idées étranges, de la tristesse, des interrogations répétitives, du vide, autant d’émotions et de pensées, de phénomènes psychiques qui disparaissaient quand ils faisaient des photos. Alors le vide, le manque de sens à l’existence ont disparu pour laisser place à une nécessité quotidienne de faire des photos, d’écrire une histoire avec la lumière, en quelque sorte. Une belle histoire quotidienne de choses humaines, parfois tristes, parfois très joyeuses.

En plus, avec les technologies modernes, vous pouvez stocker vos photos comme vous voulez, partout et tout le temps, par dates, thèmes, albums personnels, sur votre galerie du téléphone ou sur des clouds, un bloc notes géant en somme. Vous pouvez imprimer vos photos partout, ou encore me les envoyer, après avoir fait une petite sélection. Tout est possible.

Une dernière chose, si après la lecture de cet article, vous avez envie d’essayer, et laisser vos photographies vous guider vers une meilleure compréhension de ce que vous pensez et ressentez, avant que nous en parlions ensemble : N’effacez pas vos photos, surtout pas celles que vous jugez ratées. 

Pourquoi ? D’abord car la ratée d’aujourd’hui sera peut-être la merveille de demain. Votre regard et celui de notre société sont toujours en évolution. Jacques Lacan disait que “L’artiste précède le psychanalyste.” Ensuite car votre galerie, je l’ai déjà dit,  sera pour vous comme une sorte de Bloc-note visuel, c’est le photographe Henri Cartier-Bresson qui le disait car il le faisait. Et enfin car, comme les grands photographes, toutes vos photos sont les Planches-contact de votre vie, de votre psychothérapie éventuelle, et de votre pratique photographique tout simplement.

Je dis souvent à mes patients-photographes que chacune de leurs images est un trésor, une intention, une parole, un désir en un instant T et qu’il convient de les conserver. Sauf décision irrépressible de vous débarrasser de quelque chose, et cette décision vous appartiendra toujours en dernier ressort.

Pour clore ce petit conseil, je cite Pierre Assouline, dans L’œil du siècle, son livre sur Cartier-Bresson : “C’est qu’une planche-contact, du moins une vraie, dévoile sa manière de tourner autour de son sujet avant de fondre sur lui… Les photos d’un photographe, il préfère les regarder sur une planche contact, plutôt que dans un livre ou un magazine. Car c’est là seulement qu’il se livre dans son intime vérité, comme sur le divan d’un psychanalyste.”

Vos photographies, chers lecteurs, lectrices ? Ne les regarderont que ceux à qui vous les montrerez bien sûr…

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